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1979

Mes failles, autant de failles dans un si petit corps, tellement de fêlures.

Quel miroir tu as été.

Merci profondément pour tes baisers, tes cadeaux, ta tendresse, tes mots, ton écoute, ta franchise, ton honnêteté, ton intelligence, ta légèreté.

Légère, je ne le suis plus depuis longtemps, c’est pour cela que je tente par tout les moyens de m’envoler à chaque instant, de m’évader.

Pour retrouver le sens de ma vie.

Retrouver ce que je suis depuis que je suis arrivée sur terre.

Retrouver mon essence, ma lumière, mon innocence, ma joie de vivre.

Où est-elle partie? Où s’est-elle cachée? 

Déjà dans le ventre de ma mère, je me demandais ce qui se passait dans cet univers de bruit et d’os.

Les vibrations de la mort, de l’abandon avaient déjà pénétré mes sens, pétrifier mes entrailles. Ma chair était déjà marquée par la résonance de la peur, de la tristesse. 

Ma mère accompagnant mon père à son rendez-vous à l’hôpital.

Triste nouvelle qui venait d’être annoncée par le docteur : « Madame, Monsieur, cancer, récidive ».

Le chaos, en quelques secondes, des vies se sont brisées à travers ces quelques mots. Ces mélodieuses phrases du verdict, du constat, de l’horrible, de la cruelle réalité que cet homme était amené à mourir, mais quand ?

Je ressentis la détresse de ma mère. sa peur, sa peur d’être seule.

« Comment vas-tu faire sans lui? Avec tes deux enfants? Comment vais je m’en sortir seule, sans lui? Je l’aime, c’est mon mari, je suis enceinte et voilà qu’on me dit qu’il va mourir et qu’ils ne savent à quel moment? »

La foudre qui s’abat, le choc.

Je l’ai ressenti ce choc, ce coup de poing dans la poitrine, dans le ventre.

La tristesse l’assaille, m’assaille.

Je ne sais pas ce qui est de moi ou de la personne qui me porte.

Vais-je m’en sortir ?

Ai-je envie de vivre ?

De continuer ma route ?

De continuer à être baignée par temps de vibrations fortes, puissantes, secouantes, violentes.

Et si justement, j’étais venue pour aider cette personne.

A croire en la vie, en l’amour, au lien.

Lui faire ressentir qu’elle n’est pas seule et qu’elle ne le sera jamais.

La soutenir, l’accompagner dans sa détresse, nourrir ses parties sans vie, celles qui voulaient mourir, s’évanouir.

Quelle force tu as eu de croire en la vie qui était en toi, en ce petit être chéri.

Tu as fait de moi, ta béquille, ta raison d être, d’ être en vie, papa!

Maman, je fus l’espérance de 10 années d’attentes.

La volonté fut accouchée d’une petite fille née au milieu des chimios, de la peur de la mort, de l’expérience de la maladie.

Attendue, oui, la joie, Léticia, on te nommaire.

Comme si tout était écrit par avance.

Comme si le soleil venait réchauffer les cœur des naufragés.

Qu’il venait au milieu du chaos sidéral, au milieu d’une famille en état de choc.

Une grande sœur fermée par tant de souffrance, d’imaginer sa vie sans son papa. Un papa fermé par peur de s’attacher à son nouveau né.

Une maman terrifiée d’ imaginer de ne réussir à élever ses 2 enfants dans des conditions honorables.

Qu’en est-il de ce bébé ?

Un bébé qui a ouvert la bouche pour crier son envie de vivre, puis sa détresse, sa peur, son insécurité, ressenti durant des jours et des jours dans cette eau pure, nourrissante de la vie.

Qui cependant ne l’a pas protégé des émotions de sa mère, de son père, de sa grande sœur.

Déjà, tout veux sortir, tout veux disparaître de son corps, être expulsé de ses tissus de chair.

La vie est puissance, mouvement, elle agit, en elle, comme un feu ardent, un soleil qui émane sa chaleur, sur cette terre arrosée d’eau, imbibée du lait maternel, la nourriture de l’âme.

Tous ces sens s’agitent.

L’évolution est en elle, célébrant ce qu’il y a de plus précieux, de plus impénétrable, la fusion de l’univers à la terre, l’espace rotationnel, les mouvements contraires commencent leur agrandissement, prennent place en son centre.

Elle devient cette plante, cette montagne, ce cours d’eau qui rien n’arrête son existence propre, sa place attitrée, son utilité. Une pièce du puzzle bien orchestré.

Elle est la pièce 2021.

Elle commence son histoire en 1979. 

Son histoire, commune et à la fois si particulière.

Car pour ce bébé, cette petite fille, si étrange qu’il puisse paraître, elle s’est tout de suite mise à chanter!

la délivrance avait déjà opéré. Quelques jours après sa naissance, innée, instinct de survie, grâce du ciel, les cordes vocales se sont mises à vibrer, l’Alléluia, le salve, le libéra me. Elle fût sauvée!

Mais sauver de quoi ? 

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